TRASH MANIAC : Qu'est-ce qui vous a poussé à choisir ce nom étrange de CRIMSON GLORY (Gloire Pourpre) ?
JON DRENNING : Nous voulions un nom original pour le groupe, pas comme toutes ces formations de Heavy-Metal ou de Hardcore. Nous voulions un nom qui soit différent du style musical que nous pratiquions, quelque chose qui change de l'image habituelle attribuée à ce style de musique.
T.M. : Justement, serais-tu capable de donner une définition du style musical du groupe ?
J.D. : On peut dire que nous pratiquons une sorte de Hard Rock progressif avec des passages Heavy, des mélodies et des émotions. Pour moi, la musique c'est avant tout la mélodie et l'émotion que tu peux transmettre lorsque tu joues une chanson.
T.M. : Quels sont les groupes qui t'ont influencé au départ ?
J.D. : Les groupes qui m'ont influencé étaient Queen, Pink Floyd, un peu Rush, même si je les trouve trop progressifs, Led Zeppelin, ainsi que Judas Priest, Iron Maiden, Scorpions. Ce sont des groupes de Hard avant tout mais ils savent être musicaux comme Queen, par exemple, qui est un de mes favoris depuis toujours.
T.M. : Donc des influences définitivement européennes ?
J.D. : Définitivement et c'est comme cela. Il n'y a pas tant de groupes américains qui m'aient influencé d'une façon directe, comme c'est le cas pour les groupes européens que je t'ai cités. Je pense que Crimson Glory a été influencé par les groupes américains en ce qui concerne le côté visuel, et en ce qui concerne le côté musical, nous avons été influencés par les groupes européens. Je pense que c'est une bonne combinaison.
T.M. : Peux-tu me parler des débuts proprement dits du groupe ?
J.D. : Le groupe a été formé en 1980 par Ben Jackson (guitare rythmique) et Dana Burnell (drums). C'est en 1981 que j'ai rejoint le groupe car j'habitais dans le même quartier qu'eux et qu'ils appréciaient mon jeu de guitare. De plus, ils avaient beaucoup de matériel. En 1982, Jeff Lord (basse) est arrivé et en 83 c'était au tour de Midnight de se joindre à la formation. Au départ, le groupe se nommait PIERCED ARROW mais on a changé le nom en CRIMSON GLORY car on trouvait que cela collait mieux au style musical du groupe.
T.M. : De quelle façon avez-vous signé sur Roadracer aux États-Unis ?
J.D. : C'était lors d'un Midem, une convention musicale comme en France, qu'un type nommé Dan Johnson a écouté une cassette de nous qui avait été présentée en Europe par Roadrunner. Maintenant, deux ans plus tard, nous avons signé avec Roadracer USA, qui est distribué par MCA, parce qu'au départ, le label avec lequel on avait signé était trop petit et il ne pouvait pas nous pousser. À l'origine, on devait signer avec une major compagnie en Amérique mais finalement, nous avons décidé de signer avec Roadracer car nous étions un groupe prioritaire pour eux. Certaines majors compagnies signent des groupes mais ne s'occupent pas de leur promotion, elles préfèrent s'occuper de leurs grosses signatures comme Michael Jackson ou Madonna, par exemple. C'est afin d'éviter ce genre de choses que nous avons signé sur Roadracer.
T.M. : Avant d'enregistrer votre premier LP, avez-vous enregistré des démos ?
J.D. : Oui, nous en avons enregistré une. Nous avons dépensé beaucoup d'argent pour la réaliser. Avant de faire notre premier LP, nous avons été ensemble pendant cinq années et nous n'avons jamais joué en dehors de notre local. Nous répétions chaque soir dans une maison car nous avions chacun un boulot dans la journée. Nous avons donc passé beaucoup de temps et d'argent pour réaliser la démo qui nous a permis de décrocher un deal.
T.M. : Est-ce que vos débuts à Tampa (Floride) ont été difficiles ?
J.D. : Le fait de venir de Floride n'a pas eu une influence directe sur le groupe. Nous ne faisions pas de reprises à nos débuts comme tous ces groupes qui viennent de Los Angeles ou de New York. Ils peuvent jouer ces reprises dans des bars ou des clubs, mais ici à Tampa, il n'y a aucun endroit où l'on peut jouer régulièrement. Nous avons toujours joué dans notre local. Les premiers shows live que nous avons effectués se sont déroulés en Europe lors des tournées en première partie de Anthrax, Metallica ou Metal Church. Nous n'avons donc pas commencé à jouer devant trois ou quatre personnes mais en face de quatre mille personnes. C'était marrant et différent.
T.M. : Vous avez donc tourné avec des groupes de Speed Metal...
J.D. : Oui, nous avons tourné avec des groupes Thrash. Ce n'est pas notre style de musique mais comme nous avions l'opportunité de jouer avec ces groupes-là, nous l'avons prise car nous voulions jouer devant le plus de monde possible.
T.M. : Quelles ont été les conditions d'enregistrement de "Transcendence" ?
J.D. : Cela nous a pris quatre mois et demi pour réaliser cet album. Il a été produit par Jim Morris et nous avons eu beaucoup plus de temps et d'argent, ce qui nous a permis d'améliorer la production. Le prochain LP sera certainement enregistré en Europe, en Norvège peut-être. Il faudra que l'on s'habitue à un autre climat que celui de Floride (rires).
T.M. : Est-ce qu'il y a eu une évolution musicale, pour vous, entre le premier LP et celui-ci, "Transcendence" ?
J.D. : Oui, surtout au niveau de la production, mais sinon cela reste du Crimson Glory. Dans le second album, les chansons sont meilleures, les arrangements aussi. Il y a plus de parties acoustiques, il y a plus d'émotions. Mais j'aime nos deux albums.
T.M. : Des titres comme "Transcendence" ont été écrits il y a plusieurs années. Pourquoi les avez-vous inclus dans cet album ?
J.D. : Pour "Transcendence", c'est un titre qui a été écrit par Midnight avant qu'il ne rejoigne Crimson Glory. Avant d'entrer dans le groupe, il n'avait aucune idée de ce qu'était le Hard Rock, c'était un hippie qui jouait de la guitare sur les plages ou dans les parcs, voilà comment était Midnight. Nous le voulions comme chanteur car il avait une voix fantastique et pleine d'émotion. Nous avons travaillé ensemble sur ce titre et il est assez dans l'esprit de Led Zeppelin. C'est une chanson mystique.
T.M. : "Red Sharks" (sur le dernier LP) parle de la politique de l'URSS. Que penses-tu de la nouvelle politique de Gorbatchev ?
J.D. : Ce titre n'est pas le point de vue du groupe réellement. Après notre seconde tournée, nous sommes revenus aux États-Unis car nous devions négocier un nouveau contrat ; nous avons eu un accident et notre matériel a été détruit. Nous avons passé beaucoup de temps à tourner en rond, à écrire des chansons, à regarder la télé et à être influencé par la propagande politique américaine. "Red Sharks" est donc le point de vue des médias américains sur ce pays. Nous ne voulions pas nous limiter au niveau des sujets abordés dans nos paroles afin de garder l'intérêt du public. Pour ce qui est de la nouvelle politique de l'URSS, je pense que c'est mieux. Les gens ont plus de liberté pour faire ce qu'ils veulent. J'espère que cela ira de mieux en mieux dans ce pays.
T.M. : Quelles sont vos influences majeures lorsque vous écrivez les paroles ?
J.D. : Nous essayons d'inclure dans nos chansons un aspect horrifique. J'ai lu beaucoup de livres sur la métaphysique, la philosophie, sur la vie après la mort, donc les paroles abordent tous ces sujets un peu bizarres. Nous essayons de faire en sorte que la musique reflète les paroles.
T.M. : Penses-tu qu'un jour Crimson Glory jouera sans masques ?
J.D. : Un jour peut-être, nous les abandonnerons. Pour l'instant, nous essayons de créer un climat mystique autour du groupe, c'est ce qui fait son originalité. Un jour, nous les enlèverons sûrement, ce sera fun.
DEAD ZONE
Extrait de Trash Maniac N°10 - Juin 1989




















